Les résultats des élections municipales m’ont glissé dessus car, quelques heures plus tôt, j’apprenais le décès de Marie-Claire Balanger.
Je me souviens comme si c’était hier de notre première rencontre, dans un bar de la rue de Bourgogne qui n’existe plus. Elle m’a demandé, avant même que nous discutions, si elle pouvait me toucher. La rencontre avec son handicap était faite. J’ai accepté et nous avons longuement échangé sur la déficience visuelle, la sienne en particulier.
Voilà 10 ans que nous nous connaissions. Avec elle, les choses étaient noir ou blanc. Elle aimait ou elle n’aimait pas. Mais quand sa carapace laissait apparaître ses blessures, alors son caractère me la rendait si attachante.
Elle était une vraie épicurienne. Il m’est impossible de compter le nombre de repas que nous avons partagés ensemble. Certes, elle avait un goût plus modéré que moi pour les pizzas.
Mais surtout elle était contestataire et viscéralement engagée pour l’accès aux droits des personnes en situation de handicap. Elle avait fait de son métier un engagement. Non seulement elle aimait transmettre ses savoirs mais elle choisissait des musiques qui transmettent des valeurs. Combien d’anciens élèves ai-je vu la remercier en la croisant en ville…
Son appartement était devenu une bibliothèque où fumer, chanter et s’engueuler étaient autorisés. Les soirées passées à y refaire le monde vont terriblement me manquer.
Je mesure la chance de l’avoir connue, d’avoir été un de ses amis – un de ses amis à qui elle jouait encore du piano, comme dans un minuscule cocon sensoriel, malgré son déchirement de ne plus pouvoir enseigner.
Elle dégageait une force qui faisait oublier toute vulnérabilité. Elle continuera de m’inspirer toute ma vie.