Elisa Pinault, commerçante depuis 1976 (dans la parfumerie, le prêt-à-porter, la maroquinerie), coach en individuel en fin de certification après une formation dans une école parisienne, vice- présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises du Loiret et du Conseil de développement d’Orléans Métropole, ancienne présidente durant 11 ans des Vitrines d’Orléans et ancienne vice-présidente de l’Union des entreprises du Loiret (MEDEF) est intervenue devant le think-tank pour répondre à la question « Être fiers d’Orléans : comment faire rayonner notre ville ? » en exposant sa vision de la place des commerces en ville.

Après une brève introduction dans laquelle elle a rappelé que l’on « fêtait » le 27 mars dernier le 50eanniversaire de l’ouverture du premier centre-commercial en France (celui d’Englos en périphérie de Lille), elle a construit son intervention autour de sa récente contribution au projet métropolitain en apportant le plus possible des éléments chiffrés à sa réflexion.

Le commerce a changé de visage

Il y a dix ans les Commissions départementales de l’économie commerciale (CDEC) étaient transformés en Commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC). La sémantique montre que l’on ne s’occupe plus depuis dix ans d’économie mais simplement d’urbanisme, que l’on ne s’occupe donc pas de savoir si on ferme un commerce quand on en installe un nouveau.

Ce changement de paradigme a eu ses effets puisque l’on projette actuellement 50 nouveaux centres commerciaux en France alors qu’il y en a déjà 740. 800.000 m2 supplémentaires sont octroyés chaque année en France, dont 135.000 m2 sur le territoire de la région Centre-Val de Loire. L’année dernière 29.000 m2 ont été octroyés pour agrandir Cap Saran. En tout, depuis 10 ans près de 135.000 m2 supplémentaires ont été octroyés pour des activités commerciales dans la métropole orléanaise, dont 57 % rien qu’à Saran, Ardon et Chécy. Il faut également noter que cette tendance n’est pas totalement « représentative » puisque l’on ne parle plus de « m2 plancher » mais de « m2 commerciaux ». Les m2 commerciaux ne comptabilisent pas les réserves des magasins, les drives (qui s’implantent sans qu’aucune autorisation de la CDAC ne soit prononcée), les parkings, etc.

Si le commerce change, les modes de consommation aussi. On ne se déplace plus en centre-ville pour acheter mais pour flâner, et éventuellement acheter. Une journée shopping en centre-ville peut d’ailleurs s’avérer épuisante. Le numérique influe évidemment beaucoup sur le commerce puisqu’on considère que 57 % des consommateurs se renseignent sur Internet avant de passer à l’acte d’achat. 835 millions de transactions en lignes ont été observées, soit 7 % des ventes de détail en France.

Les conséquences pour les commerçants

Il y a un constat dramatique : 60 % des commerces ferment entre 3 et 5 ans après leur ouverture. On estime la baisse du chiffre d’affaires d’environ 9 % en 5 ans pour Orléans.

Cette baisse se fait ressentir aussi bien dans les centres-villes, où la vacance commerciale est également appelé « mitage » ou « dents creuses », qu’en périphérie, chez les grandes enseignes, qui connaissent probablement une lassitude des consommateurs, sans compter leurs problématiques de pouvoir d’achat, la pression fiscale (coût du foncier et des baux commerciaux), l’inflation des valeurs locatives et les difficultés pour l’implantation de commerces nouveaux d’indépendants, l’étalement urbain et la hausse du prix des carburants, le coût du stationnement, le taux de pauvreté moyen plus élevé dans les villes moyennes, le peu d’augmentation de la population en centre-ville, l’insécurité. À Orléans le taux de vacance est de 7 %.

Les commerçants, et particulièrement ceux du centre-ville, subissent trois crises : une crise écologique, une crise éthique et une crise de la confiance.

Les réponses possibles

Tout d’abord il faut poser un préalable : les sujets sont croisés (logements, culture, économie, transports, etc.). Tout est transversal et un récent rapport du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) sur la question des dynamiques commerciales dans la ville durable le prouve. Malheureusement, le Schéma de cohérence territorial (SCOT) proposé par notre Métropole ne prend pas en compte les SCOT des 3 autres territoires limitrophes (Pays Loire Beauce, Pays Sologne Val Sud et Pays Forêt d’Orléans Val de Loire). Cela n’aide pas à partager une vision globale, à 360°.

Ensuite il faut construire des outils permettant d’analyser, de modifier, de compléter, ou même de supprimer les dispositifs en matière de politique commerciale. Il faut par exemple faire une veille des locaux vides, connaître le taux de vacances, le besoin en emploi, d’identifier les friches commerciales, de connaître le ration m2 commerciaux par habitant. Comme dans beaucoup d’autres domaines l’attractivité commerciale repose sur le rapport au temps, et pour pouvoir juger chaque politique ces outils sont indispensables. Ces outils pourraient se rassembler dans un Observatoire du commerce. Par ailleurs, il faut aussi écrire une charte d’urbanisme commercial, comme ce qui se faisait il y a quelques années, afin de donner une intention.

Enfin, peut se poser la question des réponses concrètes envisageables, ici à Orléans, sur différents sujets :

  • Urbanisme : Les commerces périphériques ont défigurés nos entrées de ville, il faut en repenser l’esthétique et stopper la création de pôles commerciaux. Les pieds d’immeubles doivent pouvoir être contrôlés pour en faire des commerces. Le centre-ville doit être un lieu de bien être et il doit donc être fonctionnel comme un centre commercial (les personnes âgées se plaignent par exemple beaucoup du manque de bancs, et lorsqu’il y en a de l’absence de dossiers, il n’y a pas d’espaces de repas, etc.). Il faut rendre la ville plus ludique plus de jeux d’enfants. L’offre commerciale est quant à elle aujourd’hui beaucoup trop tournée vers le textile et le prêt-à-porter, il faut travailler à la complémentarité des commerces en repensant les commerces par univers de besoin. Pour rendre accessible le centre-ville, il faudrait le « couper » en quatre et établir une circulation dans chaque quart en pensant à des circuits marchands spécifiques (pour un cheminement naturel des piétons notamment) et en installant des panneaux directionnels.
  • Démographie : Il faut densifier le centre-ville, y faire venir davantage de catégories socioprofessionnelles supérieures, y ramener des primo-arrivants et des jeunes.
  • Social : L’attractivité passe toujours par une présence des services publics, car quand par exemple une administration déménage en dehors de la ville c’est moins de clients pour les commerçants. Le centre-ville, lui, est magnifique mais il ne faut pas oublier la vétusté et la pauvreté qui y règne.
  • Transports : De manière générale il faut améliorer les déplacements à Orléans car la ville est une sorte de « boyau qui s’étire » dans lequel on ne circule qu’entre le nord et le sud : la place du Martroi n’assure d’ailleurs plus son rôle de lien entre la rue Jeanne d’Arc et la rue des Carmes. Il y a une saturation des parkings du centre-ville, et l’abandon du projet de parking au théâtre n’arrange pas la situation, il faudrait donc en imaginer de nouveaux tout en faisant attention à la hausse des tarifs. Il faut absolument aménager une continuité des voies cyclables sécurisées (en faisant par exemple une passerelle par encorbellement au Pont Georges V) et penser à construire des parkings vélos sécurisés (très demandés par les propriétaires de vélos électriques notamment). Les transports en commun sont aussi l’une des clés. Il faut pouvoir améliorer les transports le soir, développer les navettes O et N, rendre plus rapides les lignes qui desservent les communes limitrophes à Orléans, réfléchir à la gratuité qui se fait totalement dans une vingtaine de villes en France.
  • Offre commerciale : Le développement des circuits courts est primordial. Les services et les innovations comme les drones ou le groupage vont devoir prendre place dans notre quotidien.
  • Tourisme : Qu’ils soient français ou étrangers, il faut penser l’accueil en centre-ville des touristes dès la sortie d’autoroute.

Questions-réponses

Suite à son intervention, Elisa s’est prêté à un jeu de questions-réponses avec les participant-e-s :

  • Sur la place du végétal en centre-ville
    Il y a effectivement besoin d’arbres mais c’est très compliqué car les architectes des bâtiments de France, tout comme les services techniques de la Mairie, ont une réelle puissance pour imposer leurs vues en la matière.
  • Sur les Halles-Châtelet
    Il y a aux Halles une ambiance typique et c’est un lieu où il y a quelque chose à faire. Il faut en outre travailler à diminuer les charges, notamment de s